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Soyez gentil... mais pas trop !

BIEN-ÊTRE Publié le 1 juin 2026

Toujours dire oui, faire passer les autres avant soi, éviter les vagues… Derrière ces réflexes bien ancrés se cache parfois une mécanique plus subtile qu’il n’y paraît. Une zone floue où la bienveillance peut doucement nous éloigner de nous-mêmes, presque à notre insu. Dans Soyez gentil…mais pas trop, François Lelord nous donne des clés pour prendre du recul et mieux comprendre ce qui se joue. Avec le concours de François Lelord, psychiatre et écrivain.

Dans votre livre, vous expliquez que la gentillesse peut parfois devenir un piège. Comment cela se manifeste-t-il concrètement ?

La gentillesse est une qualité précieuse. Elle devient un piège lorsqu’elle crée un déséquilibre : quand on donne beaucoup plus qu’on ne reçoit, quand on accepte des situations qui ne nous conviennent pas, ou lorsque apparaissent de la fatigue, de l’irritation, voire un sentiment d’injustice. Le signe le plus simple, c’est ce moment où l’on dit oui alors qu’au fond de soi, on pense non.

À quel moment la gentillesse cesse t-elle d’être une qualité pour devenir un problème ?

Elle devient problématique lorsqu’elle ne relève plus d’un choix, mais d’un automatisme. Quand on se laisse entraîner par un « réflexe de gentillesse » qui peut prendre différentes formes : être trop modeste, trop sincère, trop confiant, trop conciliant, ou encore faire preuve d’une empathie excessive.

Qu’est-ce qui conditionne cet automatisme ?

Notre éducation peut jouer un rôle. Dans certaines familles, on apprend à ne pas se faire remarquer, à ne pas se distinguer, parfois par crainte d’être sanctionné. Dans d’autres, c’est davantage une question de politesse ou de conformité aux attentes sociales. Mais il y a aussi, bien sûr, une part liée au tempérament, à ce que chacun porte dès le départ. Il suffit d’observer les enfants dès la maternelle : certains sont plus affirmés, voire plus durs, tandis que d’autres se soumettent plus facilement en cas de conflit.

La peur du rejet peut-elle aussi être un moteur de cette gentillesse réflexe ?

Bien sûr. Certaines personnes sont gentilles parce qu’elles redoutent le conflit, craignent de déplaire ou d’être rejetées. Elles disent oui pour éviter les tensions, s’adaptent en permanence, mais finissent par renoncer à elles-mêmes. Le paradoxe, c’est que cette gentillesse-là génère de la frustration, parfois de la rancoeur et peut abîmer précisément les relations que l’on cherche à préserver.

Beaucoup de lecteurs se reconnaissent dans ces profils qui n’osent pas dire non. Comment en sortir ?

Cela commence par une prise de conscience. Prendre conscience de ce que l’on a à perdre à toujours dire oui : ne pas obtenir ce que l’on souhaite, passer à côté de ses besoins et nourrir ensuite des regrets ou des ruminations — « j’aurais dû dire non », « je n’aurais pas dû accepter ». Il vaut mieux éviter de se juger durement et se préparer à faire autrement la prochaine fois. C’est aussi prendre conscience que dire non n’est pas être méchant, mais simplement reconnaître et poser ses limites. Être conciliant, ce n’est pas s’effacer, c’est trouver un équilibre.

Et comment atteindre cet équilibre ?

Cela passe d’abord par le fait d’exprimer clairement ce que l’on ressent — y compris ses émotions négatives —, mais aussi ses attentes et ses besoins. Ensuite, il est essentiel de reconnaître ceux de l’autre, de montrer qu’on a compris son point de vue. C’est ce qui permet de maintenir une relation respectueuse. Mais cela n’empêche pas de s’affirmer : savoir dire non quand c’est nécessaire, sans agressivité mais avec fermeté, et ne pas renoncer trop vite. L’idée n’est pas de « gagner » contre l’autre, mais de faire entendre sa position, quitte à insister, pour parvenir à un compromis acceptable pour chacun.

Si vous deviez donner un conseil simple à nos lecteurs ?

Repérer ces moments où l’on dit oui un peu trop vite, où l’on sent un léger malaise, une hésitation que l’on balaie pour faire plaisir : ce sont souvent de bons indicateurs. Plutôt que de chercher à tout changer d’un coup, il est plus utile de s’autoriser de petits décalages : prendre quelques secondes avant de répondre, dire « je vais y réfléchir », ou exprimer une réserve. Ce sont des ajustements simples, mais ils permettent de reprendre progressivement la main. On découvre alors que poser une limite n’abîme pas forcément la relation et qu’il est possible d’être à la fois respectueux de l’autre et fidèle à soi-même.

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